La question de l’identité dans son rapport à l’altérité est au centre de ma démarche. Par la représentation de visages d’hommes dessinés et façonnés, je cherche à m’approprier ma propre altérité.

Ce face-à-face avec des représentations de l’Autre joue le rôle de miroir. Les portraits ne mettent pas seulement en scène les personnalités contradictoires qui habitent l’individu, ils nous renvoient également le reflet de notre propre travestissement. Pour en explorer les multiples facettes, je travaille par séries et j’ai réalisé, sur quelques années, une collection de plusieurs centaines de visages de petits formats. Je m’intéresse aux liens qui nous relient à nos semblables, aux autres espèces, à l’univers.  Je travaille ainsi sur les passages, du dessin à la sculpture, du dedans au dehors, du minuscule au très grand, l’un contenant l’autre.

À partir de l’observation d’une image d’un inconnu que je dessine et façonne, je m’intéresse au point de rencontre entre forme et informe. Le traitement du visage associe le classicisme de la représentation à l’aléatoire de la matière avec ses accidents. Les visages émergent d’une tache d’argile. Mon approche de la matière première est en correspondance avec le monde naturel et ses manifestations (croissance/décroissance/altération/disparition). Argile et fibres végétales, sont abordées comme le vivant qui prend de l’expansion et se rétracte. Ainsi, le support-papier du dessin devient une peau et la sculpture un corps. Explorant le passage de l’un à l’autre, le dessin se déploie par bombement vers la sculpture, la sculpture intègre des images photographiques pour revenir au plan.