Au cours des années, j’ai abordé la question du vivant par le processus puis par la figuration. Durant une dizaine d’années, c’est le geste et la réaction du matériau, inspirés de phénomènes naturels, qui ont conditionné la forme. J’ai exploré alors l’enveloppement, la faille et la prise d’empreinte pour créer une forme de genèse en céramique et en plâtre. Puis, en 2004, j’ai abordé ma recherche par l’image. La figure humaine est devenue alors l’axe central de ma pratique. Cette recherche sur le corps vivant soumis à une transformation continuelle, avec le vieillissement, la maladie et ultimement la mort, est particulièrement influencée par l’emploi de transcriptrice que j’occupe à temps partiel dans un hôpital depuis quelques années et dans lequel je transcris, avec des écouteurs, les procédures opératoires dictées par les chirurgiens.

Des têtes.
Mêlant dessin, sculpture et collage j’explore nos parts d’ombre dans un rapport entre étrangeté et familiarité.
Inspirée de visages d’hommes (images de magazines et photographies d’amis), l’ombre prend forme avec la métamorphose de la tête alliant l’humain à l’animal, le masculin au féminin, jusqu’à la limite de sa dissolution. La perception du visage est troublée par des associations incongrues. Le rapport entre un visage à la fois familier et devenu étrange nous incite à nous identifier sans pouvoir le faire complètement. S’inscrivant dans un processus de transformation continuelle, la série de têtes fait appel à un voyage intérieur reliant des époques et des lieux différents, l’ancien au nouveau, l’ici à l’ailleurs.
La matière première (poudres de bois et colle / argile) travaillée dans sa fluidité, par superposition de couches et interaction avec d’autres états de matière, fait référence à des artefacts archéologiques – peintures anciennes, masques primitifs – alors que les images issues de procédés technologiques rendent compte d’une actualité.
Les têtes dessinées et modelées sont réalisées en deux étapes. Dans un premier temps, je cherche la tête dans un magma visqueux, boueux. Je travaille alors dans un certain brouillage de sensations et sentiments restant attentive à l’imprévu. Les têtes résultent ainsi de la rencontre entre l’aléatoire et ce que je détermine en cherchant les manières de contenir et de structurer la matière fluide. Une fois la tête saisie sommairement par le dessin et le modelage, j’interviens avec le collage pour saisir l’identité composite de ces personnages, pour créer des liens temporels entre l’ancien et le nouveau et pour rendre, par les images découpées et déchirées, la réalité du visage percutante.