Originaire de Suisse, je vis et travaille au Québec depuis 1996. Je pratique le dessin, collage, sculpture et installation depuis une trentaine d’années. L’immigration avec des allers-retours entre Ancien et Nouveau Monde a fondé mon parcours artistique. L’expérience de cet entre-deux a révélé l’enjeu de ma position artistique – créer des liens entre des mondes éloignés, séparés. J’explore depuis ce lieu d’ancrage fragile ainsi que la rencontre avec l’Autre pour me retrouver.

En utilisant les procédés de l’estampe et de la photographie, ma démarche porte sur la mémoire d’un événement. Par des traces, je cherche à capter le passage de ce qui advient et de ce qui disparaît, moment de la naissance et de la mort. La matérialité des surfaces, comme une peau sensible, agit comme capteur de cet instant.
Traces dans un lieu
Au début de ma pratique de la sculpture, j’ai abordé le lieu par l’abri animal et le territoire. J’ai construit des nids stratifiés et des graines géantes (papier-céramique et fil-céramique), des paysages planes et des formations rocheuses et stratifiées (plâtre blanc et terre noire) ainsi que de minuscules habitats (pelures de fruits séchées) pour des personnages de papier. La matérialité de ces lieux imaginaires était poreuse et fragile.
Traces de vie
La figure humaine est apparue dans ma pratique suite à la découverte saisissante de l’œuvre du photographe américain, Robert ParkeHarrison. Se mettant en scène seul dans des paysages construits, il s’affairait à une tâche démesurée  comme coudre ensemble avec un grande aiguille deux pans de territoire, retenir des nuages avec une corde, etc. J’ai été fortement marquée par ces images empreintes de poésie d’un homme, dans un environnement naturel déserté, engagé à accomplir une tâche tentaculaire et dérisoire. J’y ai retrouvé les figures du mime et du funambule, personnages reliés à l’univers du cirque qui, par l’expression du silence et de l’audace, m’inspirent depuis l’adolescence.
Représentation de soi
Ces dernières années, ma recherche s’est portée sur le portrait et la représentation de soi par la figure de l’autre. Je me suis intéressée au regard avec nos projections mentales, regard de l’autre sur soi et de soi sur l’autre. À travers une série de portraits de petits formats alliant dessin et collage et des têtes modelées en torchis (2015-2020), l’œil jouait le rôle de fenêtre sur le monde.
Par l’imaginaire, j’ai traversé le temps et les pays pour faire émerger des hommes grimés de blanc, certains liés à des rituels tribaux, d’autres à des personnages de théâtre. Le rapport au travestissement par le grimage est l’élément clé de ma recherche actuelle. Je m’intéresse à ce subterfuge dont l’objectif est moins de se cacher que de se dévoiler de manière codée.